Sont-ce des hippopotames?

Au début de mon séjour en Ouganda, j’ai fait un safari de 3 jours à Murchison Falls. C’est, disons-le, une superbe manière de débuter un voyage en Afrique! J’ai vu des girafes, des éléphants, des phacochères, des antilopes, des babouins, des crocodiles du Nil, une hyène, une tonne d’oiseaux différents, des hippopotames, des hippopotames… et des hippopotames. Aucun gros félin par contre.

J’ai pris plein, plein, plein de photos. J’en mettrai en ligne à mon retour à Montréal, parce que d’ici, ce serait beaucoup trop long. Juste ouvrir gmail ça prend 15 minutes… Mais pour l’instant je peux tout de même partager une anecdote de mon safari.

Pour la durée du safari, nous dormions dans une tente « prospecteur » au camp de base de l’expédition. À notre arrivée, on nous indique qu’il faut ne faut absolument pas laisser de nourriture ou de produits qui sentent bon dans les tentes car il y a des phacochères autour du camp qui n’hésiteront pas à se ruer à l’intérieur. Effectivement, il y avait des phacochères qui broutaient l’herbe autour des tentes. Donc on enlève nourriture, savon, crème solaire, ou autres produits odorants de nos sacs et on les laisse dans les bacs prévus pour ça.

On se couche tôt car il faut se lever à l’aube pour avoir la chance de voir les animaux dans le parc. Au milieu de la nuit, je me réveille. Il y a un animal près de la tente qui broute à un rythme régulier. J’ai l’impression qu’il est vraiment, vraiment proche. Je l’entends respirer, mastiquer, et j’entends le bruit quand l’herbe est arrachée. Je me demande si c’est un phacochère, mais j’oublie vite cette option parce que ces animaux sont diurnes (actifs le jour). Ensuite, je me dis que c’est possiblement un hippopotame…

Plus tôt dans la journée, alors qu’on faisait une randonnée près des chutes Murchison, notre guide s’est arrêté et a pris dans ses mains un tas de merde d’hippopotame. Outre me dire que je ne voudrais pas lui serrer la main après la rando, j’ai tout de même réussi à écouter ce qu’il avait à dire. Il nous a fait remarquer que les excréments d’hippos, c’est majoritairement des bouts d’herbes. Et il nous a expliqué que les hippos sont très actifs la nuit : ils marchent plusieurs centaines de mètres pour s’alimenter en solitaire. Ils doivent manger entre 60 et 80 kilos d’herbe par jour!

L’hypothèse hippopotame fait beaucoup de sens. Donc, je l’entends à quelques mètres de moi. Je n’ose pas bouger, ni faire de bruit. Ça a l’air bien calme et gentil quand ça se baigne le jour, mais c’est une méchante grosse bête!

Hippos dans l'eau, au parc national Murchison Falls

Hippos dans l’eau, au parc national Murchison Falls

Puis, Tyler me demande tout bas si je suis réveillée, et il dit aussi qu’il pense que c’est un hippo. Quelques minutes plus tard, il voit l’ombre de la bête à travers la tente. Hypothèse confirmée. Ça m’a pris un petit moment à me rendormir, mettons.

Histoire de serpent

Depuis que nous sommes arrivés à Nabugabo, Lauren (ma superviseure) nous dit d’être prudents, et de porter des bottes de caoutchouc. « It’s a snaky area here, guys, be careful ». Je disais oui oui, et je porte les bottes… parfois… et je regarde où je marche, surtout le soir. Mais je n’avais toujours pas vu de serpent… jusqu’à avant hier.

 

C’est Tyler qui l’a vu en premier. Un serpent essayait d’entrer dans une des cabines. Il était près d’une fenêtre. Une des filles de l’équipe étudiant les singes a enfilé ses bottes et pris son appareil photo, et s’est dirigée vers la cabine. J’ai trouvé que c’était très « muzungu » (touriste/étranger) de faire ça. Je n’ai pas voulu y aller, parce que bien que je veuille voir un serpent, je ne vais pas me mettre en danger pour en photographier un. Donc j’ai attendu un peu, puis Tyler est revenu après avoir appelé des gens du village qui s’occupent de les chasser – ou de les tuer – dans ces occasions. Il a dit que c’était possiblement un black mamba. Oubliant la peur, le bon sens et ne pensant qu’au film Kill Bill, j’ai aussi mis mes bottes et pris mon iPhone et je me suis dirigée vers la cabine… chu pas mieux que personne.

 

C’est à ce moment qu’est arrivée la brigade anti-serpent. C’est pas vraiment une brigade, mais ça en avait l’air! 5-6 personnes sont arrivées avec de longs bâtons, et une bouteille de paraffine. Nous, on est restés à l’écart. Le serpent n’était pas visible, il était caché derrière une glacière. Les gens ont entouré la glacière, l’ont déplacée et ont donné des coups de bâton, pis ont versé la paraffine dessus. Le serpent est mort. Ils l’ont emmené sur le gazon devant la cabine. On s’est rapprochés pour le regarder. Il faisait 1.5m, mais n’était pas si gras. Tout de même, c’était un serpent dangereux. Mais pas un black mamba. Une sorte de cobra arboricole.

 

Voici la bête, que j'ai photographiée en toute sécurité, après sa mort.

Voici la bête, que j’ai photographiée en toute sécurité, après sa mort.

Alors maintenant, je porte mes bottes pas mal plus souvent. Je regarde attentivement les bouts de bâton qui jonchent le sol. Je suis à l’affut!

À cause du vent et des bombes

25 juin

 

Depuis quelques jours, il vente en tabar… C’est pas une mauvaise chose : la lessive sèche plus vite, il ne fait pas trop chaud. Mais pour s’aventurer sur le lac, c’est une autre histoire. Disons qu’il y a une fenêtre, entre 6h30 et 9h30, durant laquelle c’est moins pire. Et de toute manière, pour pêcher les perches du Nil, les meilleurs moments sont au lever et au coucher du soleil.

 

Donc c’est tôt le matin que je quitte normalement la station de recherche pour aller chercher les poissons dont j’ai besoin. Je pars avec les assistants de recherche (des gens du village travaillant pour ma directrice de recherche depuis une vingtaine d’années), et parfois aussi mes collègues, si ça leur adonne. On attrape les poissons en utilisant une seine. C’est un immense filet qu’on déploie en demi-cercle, et qu’on ramène ensemble sur la berge. Tout ce qui se trouve dans le volume d’eau qu’a couvert la seine devrait être ramassé (si on a bien fait notre job). C’est une technique de pêche qui permet d’attraper les poissons bien vivants, sans les blesser. Par contre c’est une technique de pêche interdite aux pêcheurs, car justement : ça ramasse tout! D’ailleurs, on doit à l’occasion expliquer aux pêcheurs qu’on croise que nous sommes une équipe de recherche ayant une autorisation, ce qui nous permet d’utiliser la seine pour notre échantillonnage, et que nous ne gardons que quelques perches à la fois, on relâche tout le reste.

 

Une autre raison qui nous pousse à aller sur le lac aussi tôt, c’est que l’armée fait des exercices dans les marais qui entourent une partie du lac plusieurs jours par semaine. On doit avoir quitté cette portion du lac vers 10h le matin durant la semaine. On n’entend pas les exercices tous les jours, mais parfois, des avions survolent la station de recherche et le lac, puis on entend des explosions, ou des coups de feu ou je ne sais quoi au loin. C’est vraiment bizarre. Et un peu désagréable. Mais en même temps, le fait que l’armée utilise cette région pour ses entrainements a préservé les milieux humides autour du lac.

 

C’est une journée sans électricité aujourd’hui. Je fonctionne au ralenti.  Je profite du soleil, et de la brise, et de la vue sur le lac. Je travaillerai plus demain, c’est tout. Y a pire dans la vie.

Bloguer… en différé

J’ai écrit ce texte hier après-midi, sans avoir pu le mettre en ligne à cause de la piètre qualité de l’accès Internet ici…

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Le 20 juin 2014

Lake Nabugabo Research Station

 

Je suis assise sur une chaise bleue en plastique devant le lac Nabugabo. Le vent est assez fort, l’eau n’est pas très calme. Mais il fait beau soleil. Je garde un œil sur mon téléphone pour savoir à quel moment je dois retourner au respiromètre pour vérifier si le petit poisson qui s’y trouve est encore bien vivant, et je reste à l’écoute du bruit des pompes du même respiromètre pour m’assurer qu’on n’est pas en panne d’électricité. Tout roule pour l’instant, j’ai quelques minutes pour écrire.

 

On est arrivés à Nabugabo le 13 juin. J’adore cet endroit. Les levers du soleil sur le lac sont magnifiques, on est entourés de singes et de geckos, il fait beau et chaud, mais pas trop chaud, et c’est vraiment paisible. On ne manque de rien d’essentiel. Un accès Internet de qualité, un réseau cellulaire fonctionnant partout, de l’électricité en tout temps et l’eau courante… on n’a rien de ça, par contre! Et ça m’angoissait avant de partir, mais une fois ici, on se passe bien du téléphone et de l’ordinateur. Toutefois, j’aimerais bien qu’on ne manque pas de courant les jours où j’ai prévu faire de la respirométrie. Pour les loisirs, on se passe bien de technologie, mais pour le travail, c’est plus tough. Surtout avec un projet comme le mien.

 

Justement, mon projet…

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le but de mon projet est d’évaluer la tolérance des perches du Nil au stress thermique. Je veux savoir si leur tolérance varie en fonction de la taille des poissons, et en fonction de leur habitat. Pour ce faire, j’évalue leur consommation d’oxygène dans un respiromètre, et à différentes températures.

 

En gros, je place le poisson dans une chambre à l’intérieur d’un bassin d’eau. La chambre est reliée à des pompes permettant une circulation d’eau en circuit fermé (chambre seulement) ou ouverte sur le bassin. Je peux mesurer la quantité d’oxygène et la température de l’eau qui se trouve à l’intérieur du bassin, et avec ces données, je mesure le taux métabolique du poisson. Je prévois que le taux métabolique des poissons augmentera avec la température et la taille des poissons, et qu’il y aura des différences entre les poissons de deux habitats du lac que j’ai ciblés à l’avance. Plus le taux métabolique est élevé, plus le poisson doit dépenser de l’énergie pour se maintenir en vie. Pour plus de détails, veuillez attendre mon retour à Montréal…

 

 

Les gens sont vraiment gentils ici. Les Ougandais sont extrêmement polis. D’ailleurs, il est mal vu de poser une question à quelqu’un ici sans lui avoir dit bonjour et demandé comment ça va. Mais ça, personne ici ne vous le dira, ils sont bien trop polis pour ça! Aussi, les gens parlent tout bas, et très lentement. C’est déstabilisant au départ, mais au final, c’est très apaisant.

 

Les enfants, particulièrement, sont vraiment attachants. Ils aiment saluer les « muzungus » (étrangers). D’ailleurs, en allant faire mon jogging l’autre jour, j’ai passé beaucoup de temps à envoyer la main à des enfants qui me disaient « Bye muzungu! ». Et à un moment, un jeune garçon s’est mis à courir derrière moi et quand il est arrivé à ma hauteur, on s’est tapé dans la main. Et il est reparti. Ensuite, d’autres enfants se sont mis à courir avec moi. À un moment, j’en avais 5 autour de moi qui couraient et riaient. C’était vraiment drôle.

 

Je m’adapte bien à mon nouveau train de vie. Lever assez tôt, autour de 6h30, et coucher autour de 21h30-22h. Puisqu’on est près de l’équateur, le soleil se lève autour de 7h et se couche autour de 19h. Et j’ai dit que les levers du soleil sont magnifiques? On s’assoit près du lac pour manger notre déjeuner et boire notre café tout en appréciant la vue. Y a pire! Pour le souper, c’est à chacun son tour de cuisiner. On mange très bien, malgré le peu de moyens qu’on a pour cuire la nourriture (deux ronds au gaz). Outre un repas où on s’est régalés de tilapia, on n’a pas mangé de viande depuis notre arrivée ici. Et ça ne me manque pas… pour l’instant!

 

Ça fait seulement une semaine que je suis arrivée. Tout est encore bien rose pour l’instant. On verra ce que je dirai de cet endroit la veille de mon départ, le 22 août. Mon petit doigt me dit que le portrait sera encore assez positif. À suivre!

 

Le tourisme, ça commence dans l’avion

La première portion touristique du voyage aura eu lieu depuis les airs.

D’abord à bord d’Audrey Hepburn, puis ensuite de cet avion au nom imprononçable.

En quittant Montréal, j’ai suivi le fleuve un moment, puis on n’a bientôt vu que des nuages. Quelques heures plus tard, après deux heures de sommeil peu réparatrices, j’aperçois la côte hollandaise, quelques bateaux sont amarrés au large.

Depuis Amsterdam, direction sud.

Premier paysage spectaculaire : les Alpes! C’est assez incroyable de voir des airs que certains villages soient nichés si hauts.

Après l’Italie, la mer méditerranée, le nord de l’Afrique, l’avion survole le désert du Sahara. On dirait un paysage lunaire.

Sand takes over the landscape

Sand takes over the landscape

Et il y a finalement tellement de sable qu’on dirait un gros nuage beige sous l’avion.

Sahara_01

Sand everywhere

Je ne sais pas si j’irai un jour, le désert ne m’appelle pas (Y a pas de poissons là-bas). N’empêche, c’est vraiment beaucoup de sable, tout ça.

Faque… je blogue

Ça fait quelques temps que je me dis que je devrais documenter mes séjours sur le terrain, mais que je ne le fais pas. Est-ce que j’ai vraiment quelque chose à dire d’intéressant? Pourquoi ne pas seulement partager des photos et quelques statuts sur Facebook?

Mais là, avec mon départ imminent sur le terrain en Afrique, je me lance.

Est-ce que je bloguerai souvent? Est-ce que ce sera intéressant pour d’autres gens que mes proches? Est-ce que je maintiendrai ce blogue à mon retour? Je ne peux rien promettre pour l’instant.

On verra, comme dirait l’autre!